Kwilu : Palmier à huile et Alliances productives - un modèle Agricole Structuré à consolider

 

Dans la province du Kwilu, l’agriculture familiale fait face à des défis majeurs : appauvrissement des sols, baisse des rendements vivriers et éloignement progressif des zones de culture. Pour répondre à ces difficultés, le Programme d’appui à la valorisation des forêts et savanes dégradées (PSFD), financé par le FONAREDD sur allocation CAFI et mis en œuvre par l’AFD, a choisi d’appuyer un modèle de production centré sur le palmier à huile, encadré par l’approche des Alliances productives.

 

Souvent qualifié d’« agroforesterie », ce dispositif correspond en réalité à un système technique plus précis : l’installation progressive de plantations pérennes de palmier à huile, accompagnées durant leurs premières années par des cultures vivrières intercalaires.

 

Un système dont l’objectif central est la palmeraie

 

 

 

« Notre priorité, ce n’est pas de maintenir durablement des cultures sous les arbres, mais de réussir l’installation des palmiers », explique l’ingénieur Jean Fernand Mbata Koko, responsable agroéconomiste au sein du PSFD. « Les cultures intercalaires servent surtout à accompagner les producteurs pendant la phase juvénile des palmiers, le temps que ceux-ci atteignent leur maturité. »

 

Les plantations sont établies selon des normes techniques précises : les palmiers sont plantés à des écartements de 9 mètres sur 7,80 mètres, soit une densité de 143 pieds par hectare. Pendant environ deux ans, cet espacement permet l’introduction de cultures vivrières entre les lignes.

 

 

Dans ces interlignes, les producteurs cultivent principalement l’arachide, le maïs et le niébé. « Ces cultures nous aident à vivre en attendant que les palmiers commencent à produire », témoigne Madame Ema MUMBELU , productrice à Kikondi. « Nous semons le maïs ou l’arachide, nous vendons une partie, et cela soutient nos familles pendant que nos palmiers grandissent. »

 

Certaines pratiques sont cependant strictement encadrées. « Le manioc est interdit dans les interlignes, car il épuise fortement le sol et freine la croissance des jeunes palmiers », précise un technicien de terrain. « Nous encourageons uniquement les cultures qui améliorent ou préservent la fertilité. »

 

Après deux ans en moyenne, l’ombrage des palmiers devient trop important pour permettre la poursuite des cultures vivrières. Le système évolue alors progressivement vers une plantation pérenne spécialisée.

 

Valoriser les déchets de l’usine pour nourrir les sols

 

 

Un des aspects techniques les plus innovants du modèle réside dans l’intégration des sous-produits issus de l’usine de transformation de l’huile de palme.

 

 

«  Nous ne jetons presque rien », explique le gérant de l’usine PREVAC/APM, Jean Pierre Masukesa Kilundu. « Les rafles, les fibres et les effluents sont récupérés et réutilisés pour fertiliser les pépinières et enrichir les parcelles des producteurs. »

 

Cette pratique permet d’améliorer la qualité des plants, d’apporter de la matière organique aux sols et de réduire les coûts liés aux engrais chimiques. Selon l’agroéconomiste du programme, « l’utilisation de ces déchets industriels transforme un problème environnemental potentiel en une véritable ressource agronomique. Elle profite à la fois aux palmiers et aux cultures intercalaires pendant les premières années. »

 

Toutefois, l’efficacité réelle de ces apports reste encore peu documentée. Des analyses régulières de sols et un suivi agronomique plus systématique permettraient de mieux mesurer leur impact sur la fertilité à long terme.

 

Les Alliances productives : sécuriser l’économie du modèle

 

 La dimension organisationnelle est au cœur du dispositif. « Avant, les producteurs étaient dispersés et l’usine manquait de matières premières », reconnaît le directeur de PREVAC/APM. « Grâce aux alliances productives, nous avons pu distribuer des plants, regrouper les producteurs et planifier l’approvisionnement futur. »

 

Le principe est simple : les producteurs reçoivent un appui technique, des intrants et un encadrement rapproché ; en contrepartie, l’opérateur économique s’engage à acheter leur production dans un cadre contractuel.

 

Pour l’ingénieur Mbata Koko, « l’alliance productive permet d’aligner tous les maillons : le conseil améliore les pratiques, le contrat sécurise les débouchés, et le suivi géoréférencé garantit une meilleure traçabilité des parcelles. »

Des réalisations visibles mais des impacts encore à démontrer

 

 

Au Kwilu, le programme affiche à ce jour :

 

  • 54 alliances productives mises en place,
  • 3 515 hectares de nouvelles plantations géoréférencées,
  • 3 571 bénéficiaires, dont 1 023 femmes.
  •  

Ces données témoignent d’une dynamique réelle. « Nous voyons déjà le changement », affirme Maman Ema. « Avant, nous devions aller très loin pour cultiver. Aujourd’hui, nous travaillons près du village et nous préparons l’avenir avec nos palmiers. »

 

Néanmoins, ces chiffres reflètent surtout des réalisations physiques. Les impacts économiques et environnementaux restent encore peu documentés. Plusieurs questions demeurent ouvertes :

 

  • -Quelle est l’évolution réelle des revenus des ménages après l’arrêt des cultures intercalaires ?
  • -Les apports de déchets d’usine améliorent-ils durablement la fertilité des sols ?
  • -Les plantations permettent-elles effectivement de réduire l’ouverture de nouveaux fronts agricoles ?
  • -Comment se comparent les performances des zones appuyées avec celles des zones non appuyées ?

 

Dans la poursuite du processus de mise en œuvre des activités, le programme prévoit de conduire un ensemble d’études structurées et de mettre en place des indicateurs mesurables permettant de répondre de manière rigoureuse aux questions clés relatives aux impacts socio-économiques et environnementaux du dispositif.

 

Un dispositif de suivi‑évaluation renforcé sera progressivement opérationnalisé afin de documenter les résultats de manière comparative, d’alimenter la prise de décision et d’assurer une lecture plus fine des effets réels du programme dans les zones d’intervention.

 

Limites et risques à prendre en compte

 

Les acteurs eux-mêmes reconnaissent certains défis. « Une plantation de palmier, c’est un engagement sur le long terme », rappelle l’ingénieur du PSFD. « Si l’accompagnement technique s’arrête trop tôt, beaucoup de producteurs peuvent se décourager. »

 

Plusieurs risques doivent être considérés :

 

-Dépendance économique : la spécialisation autour d’un seul produit expose les ménages aux fluctuations des prix de l’huile de palme.

-Réduction progressive des cultures vivrières : après deux ans, les interlignes disparaissent, ce qui peut fragiliser la sécurité alimentaire locale.

-Exigences techniques élevées : entretien, fertilisation et gestion des parcelles demandent un suivi durable.

-Impact environnemental incertain : sans contrôle rigoureux, l’extension des palmeraies pourrait encourager de nouveaux défrichements.

 

Comme le souligne le directeur d’usine, « quand une filière se développe, tout un territoire se met en mouvement. Mais ce mouvement doit être bien encadré pour rester bénéfique à long terme. »

 

Un modèle prometteur, mais à évaluer dans la durée

 

 

 

Le système développé au Kwilu doit être décrit avec précision : il s’agit avant tout d’un modèle de plantations de palmier à huile avec cultures intercalaires temporaires, soutenu par des alliances productives et par la valorisation locale des déchets industriels.

 

Cette approche apporte des réponses concrètes à plusieurs problèmes : restauration progressive des sols, opportunités de revenus, structuration des filières et meilleure intégration des producteurs au marché.

 

Cependant, comme le résume l’agroéconomiste du programme, « nous avons posé des bases solides, mais le véritable test viendra dans quelques années, quand les palmiers seront en pleine production. »

 

Pour confirmer son potentiel, le modèle devra désormais s’appuyer sur :

 

-Un suivi d’impact rigoureux,

-Des comparaisons avec des zones non appuyées,

-Des données environnementales plus précises,

-Et un accompagnement durable des producteurs au-delà de la phase d’installation.

 

C’est à ces conditions que cette stratégie pourra devenir un véritable levier de développement rural durable pour la province du Kwilu.

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